A l’instant où j’écris ces quelques lignes, il ne manque que quelques heures avant qu’on t’emmene en la terre de tes ancêtres.
Et tatie, à dix milles kilomètres de chez toi, pense et repense à ces quelques 400 jours que nous avons passés ensemble. Les derniers 400 contre vents, marées et accalmies avant que tu quittes ce monde où tu as passé plus de temps à combattre ce maudit crabe que de jouer comme font les enfants de ton âge, que de passer la troisième année de ta vie à t’amuser sur des bancs de garderie d’enfants entre coloriages, livres de fables, exercices ludiques…..
Toi, tu as passé la plupart de ta vie entre des lits d’hôpitaux. Tu as pris l’avion pour passer des examens cliniques et des thérapies intensives.
Du haut de tes 4 ans et demi, tu as connu en cinq fois le bloc opératoire.
Les feuilles de papier que tu trouves dans les livres de cantiques dans nos chapelles étaient des échographies pour toi. Tes prières étaient toute confiance en Petit Jésus qui te guérit. Les médicaments – même cet horrible bicabornate à prendre plus de 2 fois par jour, et qui te faisait vomir souvent – tu les avalais de plein gré puisque “comme ça Elitho sera guéri”. Tu n’as jamais eu peur de passer en bloc opératoire, tu rouspétais seulement que “ça fait mal quand même hein!!!”, tu hurlais tout juste à l’arrivée des brancardiers qui devaient t’emmener en bloc, mais tu l’affrontes toujours avec courage et tranquillité.
Et pourtant, dans toute ta galère, jamais ton sourire coquin ne quittait ton doux visage d’enfant. Avec ce sourire, tu nous a tous charmé et conquis. Aucun de nous n’ oubliera aussi vite ce sourire.
Les mots ne me viennent plus en ce moment…. rien d’autres que MERCI Elitho…..
Merci pour notre chemin qui se sont croisé malgré la circonstance triste de ta maladie, à l’hôpital pédiatrique Bambino Gesù, un jour de septembre 2011, quand la Fondation Akbaraly a envoyé un message à notre ambassade à Rome, sollicitant la communauté de prendre un peu soin d’un enfant évacué ici, il y avait un mois de cela. Étant celle qui prend les communiqués de l’Ambassade en première, avant de l’ envoyer à toute la communauté, j’étais la première donc à débarquer dans ta chambre ce jour-là et je me rappelle toujours de ce bébé du haut de ses 3 ans et demi, tout mignon avec cet air timide et coquin.
Merci pour l’émotion de ton baptême le dimanche avant ton opération. Ce jour là tu as formé en nous le plus beau couple du monde – ce qui fait rigoler ceux qui me connaissent et pourtant fait ouvrir de gros yeux incrédules à ceux qui ne me connaissent pas – car notre couple, avec Elitho notre enfant, est formé de tonton Christophe, jeune prêtre un peu réservé, fraichement ordonné à cette période, et la terrible tatie Rondro de la communauté. Ensemble on a dit oui devant tonton Dedy qui célébrait l’office : oui, nous nous engageons à nous occuper de toi matériellement (ce rôle incombe à tatie Rondro, étant ta marraine), et spirituellement (qui revient à tonton Tof, étant ton parrain). Comme ça, tu seras bien encadré, chacun excellerait dans sa spécialité – hihihihi.
Merci pour le ouf de soulagement, deux jours après, quand dans la salle d’attente, maman et moi, les lèvres sèches, ne pouvions plus rester tranquilles, guettant le professeur-chirurgien qui, au bout de presque 3 heures, est finalement sorti pour nous dire ” è andato tutto bene” (tout s’est bien passé).
Merci de m’avoir fait tourner en bourrique aussi quand même pendant ta convalescence : “le jeu mario, tatie, quand est-ce que je l’aurai, le jeu mario”. Et zut, sur amazone.it, il n’y en avait pas, et avec amazone.com, il fallait attendre 15 jours pour la livraison.. ayééé, la galère quand ça boudait car je débarquais sans jeu mario.. tsssss
Merci pour les beaux souvenirs que tu as laissé dans le coeur de chacun de nous à toutes les rencontres communautaires, petit voleur de coeur ! Chacun de nous a sûrement au moins une, sinon beaucoup de photos de toi, soit dans leur memory-card, soit dans leur portable, soit dans leur ordi….

... durant une rencontre communautaire - tonton lève les deux pouces et Elitho les deux index pour en faire une séquence
Merci pour ta joie quand tu nous a dit au revoir à l’aéroport de Fiumicino au mois d’avril car tu allais finalement rentré chez papa et zoky Tonio après 8 mois à Rome. Tu avais l’air guéri, tu rentrais avec les provisions de tes médicaments et d’ailleurs tu devrais revenir en juillet pour les contrôles médicaux.
Et ainsi t’es revenu avec maman en juillet et les 10 jours ont vite passé. Tous les résultats étaient bons et le prochain rendez-vous était prévu pour novembre – c’est à dire maintenant. Et là on aurait pu voir si on procéderait à la deuxième phase de ton soin en 2013 ou 2014 : prendre une partie de ton intestin, le gonfler et en faire une vessie pour remplacer l’originale qu’on a dû ablatir car massacrée par ces sales bêtes.
Pourtant, et pourtant,….la situation a trop trop vite dégénéré. Je me rappelle bien ma tête quand, sur mon lit d’hôpital où je séjournais 3 jours pour un bobo de rien du tout en mi-septembre, j’ai reçu un message que tu vas de nouveau être opéré d’urgence pour occlusion intestinale. Je sais que j’ai torturé mes amis proches tous les jours, les envoyant des messages genre “ayez beaucoup de pensées pour Elitho dans votre journée, s’il vous plait…” , car de là où j’ètais, je ne savais même plus quoi faire.
Et comme d’habitude, trois jours après l’opération, tu étais sur pieds.
Mais comme si ça ne suffisait pas, le message de ta maman il y a 15 jours m’a anéantie : tu as de nouveau des douleurs abdominales et ils ont décidé une autre intervention chirurgicale. Trop, on s’est tous dit, pour tes même pas 5 ans.
La dernière photo de toi après cette opération que maman a mise sur facebook nous a préparé au pire.
Et ainsi, hier 9 novembre, tu as abandonné ton combat. Tu as tiré la révérence. Tu as quitté le ring avec la dignité d’un champion : cette sale bête te croyait vaincu, mais non, tu vivras éternellement dans notre coeur, petit ange!
Maintenant, à chaque fois que je lève les yeux dans le ciel, je sais que tu es là avec nos Kamba, Andoniaina, Fidel et d’autres enfants encore qui ont beaucoup combattu et sont partis pour un monde meilleur. Vous êtes ces étoiles qui nous illuminent, éclairent notre chemin et nous donnent la force d’aider d’autres petits combattants avec notre petit moyen.
Mon petit lapin, si le jour de ta naissance tout le monde a souri et tu étais le seul à pleurer, toi, tu as conduit ta vie de telle sorte qu’en ce jour de ta mort, tout le monde pleure et tu es le seul à sourire.
Ciao campione !!!